« Pour la Suisse et notamment pour la région trinationale de Bâle, la LGV constitue un nouvel élément dans l’ouverture vers l’Europe. »
RFF / Quel est pour vous l‘impact de la Ligne à Grande Vitesse Rhin-Rhône sur le réseau ferroviaire européen ?
Ralph Lewin / La LGV Rhin-Rhône est une vraie LGV européenne. Elle sert de lien entre les grandes métropoles françaises, dont Paris, Lyon, Marseille d’un côté, ainsi que la Suisse et l’Allemagne de l’Ouest de l’autre. Elle vient tisser des liens internationaux sur des axes qui sont actuellement un peu délaissés par les réseaux nationaux. La LGV Rhin-Rhône aura un rôle fédérateur entre des régions européennes qui sont à l’écart des très grandes capitales. Le bassin du Rhin supérieur est un bassin économique puissant et dynamique caractérisé par des villes de taille moyenne comme Bâle, Strasbourg, Karlsruhe. La LGV Rhin-Rhône constituera un atout majeur en termes d’accessibilité pour ce bassin trinational.
RFF / Quels sont, pour la Suisse, les enjeux de la construction de cette LGV ?
Ralph Lewin / Pour la Suisse, la LGV Rhin-Rhône vient compléter la LGV Est-Européenne, dont la mise en service a raccourci les temps de parcours Bâle – Paris de 5 h 00 à 3 h 30. Et elle s’ajoute aux relations à grande vitesse ICE et CISALPINO vers respectivement l’Allemagne et l’Italie qui sont en train d’être améliorées. Le TGV Rhin-Rhône rapprochera Bâle de Paris (à terme, le temps de parcours sera de 2 h 30) et permettra de créer de nouvelles relations vers la vallée du Rhône et la Méditerranée. La Suisse a décidé de contribuer au financement de la nouvelle ligne, ce qui était loin d’être évident, car l’infrastructure se trouve entièrement sur le sol français. Pour la Suisse, et notamment pour la région trinationale de Bâle, la LGV constitue un nouvel élément dans l’ouverture vers l’Europe. C’est dans l’agglomération bâloise que se construira le premier tramway transfrontalier depuis la Seconde Guerre mondiale (la ligne Bâle – Weil am Rhein sera mise en service en 2012). Pour une population très habituée à prendre le train (la Suisse est championne d’Europe incontestée en ce qui concerne le nombre de voyages en train par habitant), une ligne ferroviaire est indispensable pour permettre une relation dans la vie économique et privée. La LGV Rhin-Rhône permettra la naissance d’une telle relation entre Zurich et Lyon, entre Bâle et Marseille, etc.
RFF / Quelles sont vos attentes en termes de développement par rapport à cette ligne nouvelle ?
Ralph Lewin / Vous savez peut-être que les Suisses aiment bien raisonner en cadence. Pour les lignes à forte demande, il n’est pas surprenant de disposer, du matin au soir, d’un train toutes les demi-heures. C’est par exemple le cas entre Bâle et Berne, Bâle et Zurich. Les quatre TGV directs existants entre Bâle et Paris ne semblent donc pas excessifs. Un TGV toutes les deux heures entre Bâle et Paris (que ce soit via Dijon ou via Strasbourg) nous paraît réaliste et apporterait une qualité d’offre comparable aux liaisons Bâle – Berlin ou Bâle – Cologne. L’autre destination importante, c’est bien sûr l’axe Rhin-Rhône lui-même, la vallée du Rhône et la Méditerranée. Nous espérons que l’offre vers ces villes sera lisible et également plus étoffée, soit plusieurs TGV par jour.
Sur Zurich – Bâle – Lyon, un train toutes les deux heures nous apparaît à plus long terme tout à fait envisageable.

