Comment exploiter un bon plan de carrière ?
La construction d’une LGV nécessite une quantité phénoménale de matériaux. Plutôt que d’acheminer les cailloux de carrières lointaines, et afin de limiter les impacts environnementaux, les géologues missionnés par RFF ont analysé les abords de la voie pour trouver sous terre les matériaux adéquats. Il ne reste plus qu’à creuser la carrière, exploiter le gisement, le reboucher et remettre le tout à l’état initial après utilisation. Le maître mot est aujourd’hui de laisser l’endroit dans le même état qu’avant extraction. Une obligation environnementale qui fait partie des responsabilités de l’exploitant de carrière.
« Il y a encore quelques mois », se souvient Pierre Baussay, 25 ans, « à cet endroit se trouvait une forêt. Après déboisement, nous avons creusé un trou de 25 m de profondeur sur quatre hectares dans lequel nous extrayons l’ensemble des matériaux calcaires nécessaires aux terrassements du tronçon. » Pierre est un jeune ingénieur originaire de Vendée qui malgré son jeune âge a déjà pas mal baroudé sur les chantiers étrangers en tant qu’ingénieur génie civil, spécialiste du terrassement. Employé par l’entreprise DTP terrassement, son rôle consiste à organiser et à superviser l’extraction avec bulldozer et pelleteuses, de 300 m3 de matériaux à l’heure. « Nous utilisons de la dynamite pour décaper les couches, explique t-il, mais ensuite, nous devons obtenir le rendu exact voulu par RFF avec la bonne granulométrie ; c’est-à-dire la bonne taille de cailloux normalisée par des critères très stricts puisqu’il s’agit de garantir en toutes saisons le passage d’un TGV à 320 km/h. L’autre difficulté, et non des moindres, c’est d’accorder l’offre aux besoins pour éviter les stocks tampons qui encombreraient les différents chantiers.» Ainsi, Pierre calcule au plus juste les besoins de la journée pour entreprendre une extraction « sur mesure ».
Car là encore, la carrière produit sept types de matériaux différents par leur taille et leur consistance. Ainsi, les plus gros blocs sont calibrés à 500 mm, puis à 300 mm. Pour certaines utilisations (essentiellement le drainage de l’eau), il faut éviter «les fines», ces poussières qui transforment les cours d’eau en bourbier. Enfin, de grosses concasseuses fracturent les blocs calcaires pour en réaliser des petits cailloux nécessaires à la réalisation des dernières strates avant la couche de forme et le ballast qui accueilleront les rails de la nouvelle ligne. « Parallèlement à cette production », précise l’exploitant de carrière, « nous devons suivre une réglementation environnementale très stricte qui nous impose de reboucher l’excavation de 550 000 m3 avec les matériaux inutilisables sur le chantier (essentiellement des argiles) avant que RFF ne replante des arbres pour reboiser le site ».
« C’est pour moi très gratifiant », reconnaît Pierre, « car travailler sur une LGV procure un sentiment de fierté et c’est très motivant de participer à une telle aventure ». Seule difficulté rendue incontournable par la configuration du terrain et la situation même de la carrière, l’obligation de recourir à des camions- bennes traditionnels circulant sur la route et non pas à de gros engins de chantiers circulant sur piste. Des désagréments pour les riverains qu’il faut minimiser en nettoyant en permanence les 6 km qui séparent la carrière du chantier.

