Trois questions à Jacques Barrot, Vice-président de la Commission européenne chargé des transports.
Réseau ferré de France / La Commission européenne a annoncé le 21 novembre dernier qu’elle soutiendrait la construction de la LGV Rhin-Rhône branche Est à hauteur de 198 millions d’euros.
Quelles sont les raisons qui incitent l’Union européenne à financer le développement des lignes ferroviaires à grande vitesse ?
Jacques Barrot / Les lignes ferroviaires à grande vitesse sont essentielles à la mobilité des européens et au bon fonctionnement du marché intérieur. Regardez comment Eurostar et Thalys ont bouleversé les échanges entre Londres, Bruxelles, Amsterdam, Cologne et Paris. Voyez le succès de la LGV Est européenne entre Paris et Strasbourg qui à terme sera le maillon français d’une liaison ferroviaire de 1 500 kilomètres qui reliera Paris et Bratislava, en passant par Stuttgart, Munich et Vienne. Quand elle sera achevée, il ne faudra plus que 4h30 depuis Paris pour rejoindre les principaux centres économiques de la Bavière, à peine plus que le temps d’un Paris-Strasbourg avant la mise en service de la LGV!
Au-delà des effets positifs sur la vie quotidienne des européens, je suis convaincu que la grande vitesse ferroviaire renforcera l’attractivité des métropoles régionales d’Alsace, Bourgogne et Franche-Comté, participant ainsi à un aménagement équilibré du territoire. À terme, la réalisation des réseaux transeuropéens de transport changera la physionomie du continent européen comme le TGV a changé celle de la France!
Réseau ferré de France / La dimension européenne de la LGV Rhin-Rhône a-t-elle semblé évidente aux yeux de la Commission ?
J.B. / Bien sûr! La LGV Rhin-Rhône est un maillon clef de l’axe prioritaire
Rotterdam-Francfort-Lyon du réseau trans-européen de transport. Améliorer les connexions ferroviaires entre des zones économiques aussi importantes telles que le Benelux, l’Allemagne, et le Sud de la France ne peut qu’être bénéfique pour le développement de l’Union européenne, mais aussi de la Franche- Comté. Nos amis suisses ne s’y sont pas trompés puisqu’ils participent également au financement de la branche est de cette LGV, bien que ne faisant pas partie de l’Union européenne.
Pour toutes ces raisons, j’ai tenu à ce que cette LGV bénéficie d’un large soutien de l’Union européenne. J’ai donc répondu favorablement à la demande de contribution financière de 198 millions € transmise par les autorités françaises.
Réseau ferré de France / Quelles sont les autres priorités de la Commission européenne en matière de financement des infrastructures de transport ?
J.B. / J’ai voulu donner un coup d’accélérateur à la réalisation des sections transfrontalières du réseau transeuropéen de transport, en cofinançant les études et travaux de grands projets ferroviaires transfrontaliers, notamment les grandes traversées alpines du Brenner et du Mont Cenis, mais aussi de grands projets fluviaux comme le Canal Seine Escaut. Une fois ces connexions réalisées, c’est aussi le potentiel de chaque réseau national qui en sortira décuplé. Ces projets répondent ainsi à un double objectif, celui d’une mobilité accrue au service de la compétitivité européenne et celui d’une mobilité durable, au service de la lutte contre le changement climatique.

