Il descend sous terre pour explorer certaines cavités qui ont été découvertes sur le tracé de la ligne.

Cet homme-là a dû naître dans une grotte pour les aimer autant. Ses origines géographiques pourraient d’ailleurs le laisser croire. À 39 ans, Cédric Clary n’a jamais quitté son Vercors natal, fameux plateau calcaire des Préalpes françaises qui regorgent de grottes. Ici, point de sites préhistoriques à découvrir. Ils sont plutôt concentrés dans le Lot ou en Ardèche, là où les terres sont plus chaudes et plus basses. Lui ne s’en émeut pas : ce qu’il goûte par-dessus tout, c’est l’exploration des cavités souterraines. « Il existe de nombreuses grottes connues, dit-il. Mais il reste tant de marches d’approche à réaliser, de réseaux, de galeries et de puits à découvrir, là où personne n’est jamais allé ! » La spéléologie est pour lui une activité à multiples facettes : scientifique, sportive, technique, contemplative, ludique… Cette passion l’a conduit très jeune - à tout juste dix-huit ans - à se former aux métiers sportifs de montagne. Pendant dix ans, il va enseigner le ski et la spéléologie et, en sa qualité de moniteur, encadrer des groupes. En 1989, il rejoint Hydrokarst, une société grenobloise spécialisée dans les travaux sur corde, les travaux confinés et les travaux subaquatiques. Réputée pour la qualité de ses prestations depuis près de vingt-cinq ans, l’entreprise emploie 150 salariés, dont quantité de spéléologues, plongeurs et guides de haute montagne. Là, Cédric Clary trouve un rythme sur mesure, partageant les saisons entre son activité professionnelle et l’enseignement, qu’il ne veut pas lâcher. « J’ai participé à d’importants chantiers de spéléologie - captages d’eau, installations de pompes, construction de minibarrages dans des grottes - et à divers travaux spéciaux qui m’ont permis d’intervenir sur des falaises ou dans des gouffres, raconte-t-il. C’était varié. Je m’y sentais bien. » Depuis quelques mois, il fait partie de l’équipe de spéléologues affectée sur le chantier de la LGV par le groupement d’entreprise Hydrokarst-Geolithe, qui a remporté l’appel d’offres lancé par RFF. Les cavités, découvertes par les entreprises de terrassement, peuvent être dangereuses et nécessitent l’intervention de personnels expérimentés : « La ligne rencontre des zones calcaires qui peuvent comporter des risques liés à la présence de vides dans le sous-sol », explique-t-il. Des études approfondies menées depuis 1996 ont permis de cartographier précisément les secteurs les plus sensibles grâce à diverses méthodes (photographies aériennes, bibliographie, visites terrains, etc.). « Les sondages réalisés lors des études préparatoires ont notamment fait état, en plusieurs endroits, de l’existence de cavités. Notre rôle est de descendre, d’explorer les lieux, d’en faire la topographie précise et d’établir différents diagnostics : stabilité des parois, réseaux d’eaux souterraines et relief souterrain. » L’intervention des spéléologues a un triple objectif : garantir la pérennité des ouvrages construits, assurer la stabilité de la future plateforme ferroviaire et contrôler l’absence d’impacts sur l’environnement en cas de travaux sur la cavité. Les prestations d’Hydrokarst-Geolithe, menées en toute sécurité par des professionnels hautement qualifiés sont à la demande : l’entreprise s’est engagée auprès de RFF à intervenir sous 48 h, pour ne pas bloquer le chantier. Dans peu de temps, Cédric Clary va donc à nouveau retourner sur la ligne « pour aller explorer les cavités qui ont été découvertes par sondage sous une future pile d’un viaduc ». Peut-être après pourra-t-il programmer un de ces voyages qu’il affectionne, au Mexique ou en Papouasie, en Espagne ou en Autriche… Des pays qui font rêver tous les spéléologues de son espèce.