Sur ces 29 km de ligne, 32 mois de terrassement sont nécessaires en amont des opérations d’équipements ferroviaires.
Une gare, 29 kilomètres de ligne, 50 ouvrages (un tous les 500 mètres), 3 kilomètres de raccordement, 45 kilomètres de voiries, 4 millions de m3 de déblais. Évidemment, de tels chiffres donnent le vertige au néophyte. Pas à Jean-Louis Tripicchio, qui en est à son 8ème chantier de LGV. L’homme, géomètre de formation, est à ce jour directeur de chantier dans l’entreprise Bec Frères de Montpellier, co-adjudicatrice du lot A4. C’est précisément sur ce lot, qui va de Ougney (Jura) à Chevroz (Doubs), qu’il a été envoyé en mai dernier pour prendre la responsabilité de la gestion, pendant trente-deux mois, de la totalité des terrassements de ce lot de travaux. « Mon rôle est de livrer la plateforme finale destinée à recevoir la superstructure », explique-t-il avec la sérénité à laquelle lui donne droit son expérience, avant de préciser, pédagogue : « En clair, il s’agit de réaliser les terrassements, la couche de forme et la sous-couche, celle qui vient juste en dessous du ballast ». Car, par définition, les travaux de terrassement sur un chantier de LGV se font en amont de la pose des équipements ferroviaires, puisqu’ils consistent à creuser, remuer ou déplacer la terre, à modifier la forme naturelle du terrain et à disposer les matériaux. D’où l’emploi de ces drôles d’engins aux étranges noms : pelles hydrauliques de production ou de finition, tombereaux rigides ou articulés, niveleuses, draguelines, compacteurs, foreuses, décapeuses automotrices, chargeurs, bouteurs… « Le terrassement est la partie noble des travaux », confie Jean-Louis Tripicchio. « C’est la grosse production, les grosses machines. Quand on est jeune, on est emballé : on voit bouger les montagnes grâce au matériel ». Mais le terrassement, c’est aussi une activité étroitement soumise aux aléas climatiques.
« Le gel n’est pas gênant : un sol gelé est davantage porteur », indique Jean-Louis Tripicchio. « Mais la pluie est une lourde contrainte. Or nous œuvrons dans une région où elle est fréquente. Mais après tout, ce qui tombe aujourd’hui ne tombera pas demain, et peut-être aurons-nous une année exceptionnelle, un climat favorable comme en 2003, lorsque j’étais sur le chantier de la LGV Est… ». Excès d’optimisme ? « Il faut que je le sois », répond-il. « Car mon métier, c’est aussi et surtout de gérer des hommes ». Ici, ils sont plus de 200 à travailler sous sa responsabilité directe, pour un effectif total de 500 si l’on compte les équipes d’assainissement et d’ouvrages d’art avec lesquelles il collabore. « Au fil des années, j’ai appris à comprendre mes hommes, à me mettre à leur place, sachant que notre objectif commun – et leur fierté – c’est la réussite du chantier », dit-il. « Mais ce que j’espère avant tout, c’est réussir le même challenge que sur mes deux chantiers précédents : zéro accident. La sécurité, c’est le vrai défi de notre métier ».

